L'Institut Pasteur à l'épreuve du génocide palestinien

Nous sommes en 2026, et l'horreur des crimes de guerres commis par l'état israélien n'est plus à démontrer : un génocide, plusieurs nettoyages ethniques, pas moins de trois guerres en cours, crimes de guerres, bombardements de civils, colonisation violente, destructions d'universités, kidnapping de ressortissants étrangers en eaux internationales, non-respect des cessez-le-feu, apartheid, tortures, blocage d'aide humanitaire, etc. etc. etc.

La longue liste des exactions commises par le régime fasciste au gouvernement d'Israël est devenue une sourde litanie dans les médias libres, quand elle n'est pas purement et simplement passée sous silence.

Nous --- travailleur·euses de l'Institut Pasteur --- refusons que l'aura humaniste de notre Institut soit tâchée du sang d'un peuple mort aux mains d'un régime fasciste. La direction s'enorgueillit d'avoir coupé les liens avec l'Institut Pasteur iranien ou de « lutter » pour une science au service de l'humanité ? Nous disons que notre Institut peut et doit peser contre l'horreur en dénonçant ses partenariats avec des institutions impliquée dans le génocide palestinien et les guerres israéliennes.

Des crimes contre les civils

Il faut regarder en face ce qui se passe autour d'Israël, si les actions de son gouvernement fasciste étaient au départ présentées comme une réaction à l'immonde attaque du Hamas contre Israël et ses 1 200 morts [29] ; 3 ans après, il n'est plus possible de croire que cette « réaction » --- ayant tué 73 000 palestiniens, 4 000 libanais [28] et 2 600 iraniens [38] --- serait « proportionnée », si tant est que combattre le mal par le mal ait un quelconque sens dans une perspective humaniste.

Vous avez du mal à l'idée que notre Institut collabore avec l'état israélien dans ces conditions ? Nous aussi.

Israël ne cesse de violer le cessez-le-feu à Gaza

Depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu en octobre 2025, plus de 700 Palestiniens ont été assassinés par les forces israéliennes [1]. Bombardements et incursions visent chaque jour les zones civiles et les camps de déplacés. Des familles entières, à peine installées, sont à nouveau chassées. Pas de pause humanitaire --- une guerre d'usure, lente, continue, impitoyable.

Israël contrôle désormais 53 % de la bande de Gaza

L'annexion de Gaza se poursuit méthodiquement. 53 % du territoire de la bande de Gaza est déjà sous contrôle israélien, comme en témoignent les images satellites : levées de terre, bermes, une « ligne jaune » qui sépare la bande en deux [2,3]. Les zones annexées sont systématiquement rasées, et quiconque s'en approche est abattu par l'armée israélienne.

L'hiver tue : froid, inondations, épidémies

L'hiver aggrave une situation déjà critique. Onze enfants sont morts de froid sous des tentes que le blocus israélien empêche de réparer ou de remplacer par des caravanes [4]. Les pluies inondent les camps. En l'absence de matériaux essentiels et d'infrastructures, les maladies se propagent dans les camps : infections respiratoires, gale, diarrhée, tique et poux [5]. Par ailleurs, le ministère palestinien de la Santé alerte sur les risques de leptospirose, de salmonelle et de peste [6].

Un blocus total : l'aide humanitaire est une mascarade

Depuis 19 ans, Israël durcit son blocus sur Gaza. Tentes, ciment, poteaux métalliques : tout matériau essentiel est bloqué, rendant la reconstruction impossible. L'aide qui entre est dérisoire --- quelques camions par jour pour deux millions d'habitants --- et essentiellement commerciale, vendue à prix d'or plutôt que distribuée gratuitement [7]. Les agences onusiennes sont entravées : accès refusé, visas bloqués, matériel interdit, missions annulées [8,9]. Quant au passage de Rafah, il est soit fermé, soit soumis à l'humiliation : fouilles, confiscations, attentes interminables, refus arbitraires [10,11].

Une loi d'apartheid pour exécuter les Palestiniens

Fin mars 2026, le Parlement israélien a adopté une loi instaurant la peine de mort par pendaison pour tout Palestinien reconnu coupable « d'acte terroriste » par un tribunal militaire, sans droit à la grâce et avec exécution sous 90 jours [22]. Ce texte ne s'applique qu'aux Palestiniens, jamais aux israéliens auteurs de violences similaires, qui eux sont poursuivis par un tribunal civil [22,23]. Cette discrimination judiciaire s'inscrit pleinement dans le système d'apartheid qu'Israël applique contre les Palestiniens, un régime de domination raciale documenté par Amnesty International [24], Human Rights Watch [25] et confirmé par les avis consultatifs de la Cour internationale de justice [26,27].

Pendant ce temps, en Cisjordanie occupée : escalade meurtrière, attaques des colons et annexion méthodique

En mars 2026, la Cisjordanie occupée a connu une escalade dramatique des violences israéliennes, marquée par la répression militaire, des attaques racistes de colons et une accélération de la colonisation.

Les colons ont mené des attaques organisées et meurtrières : six Palestiniens ont été tués en mars, dont deux frères abattus à Qaryout [12], et un homme tué près d'Hébron [13], tandis que des dizaines de colons armés ont attaqué Khirbet Abou Falah, faisant trois morts [14]. Ces attaques sont menées en coordination avec l'armée afin de pousser les palestiniens à quitter leurs terres et les coloniser [15].

Parallèlement, la colonisation s'accélère : près de 500 oliviers déracinés, des centaines d'hectares confisqués, et le ministre Smotrich appelle à « effacer » les accords d'Oslo pour annexer toute la Cisjordanie [16,17,18]. Depuis octobre 2023, environ 22 000 Palestiniens ont été enlevés [19], et l'ONU dénombre plus de 36 000 déplacés de force entre novembre 2024 et octobre 2025 [20] --- un nettoyage ethnique en cours, dans une impunité totale malgré les condamnations européennes [21].

Liban : 2 ans de bombardements malgré le cessez-le-feu

Israël bombarde le Liban depuis 2 ans malgré le cessez-le-feu. Le 1er mars 2026, après une attaque US-israélienne sur l'Iran, le Hezbollah a riposté. Israël a lancé une opération terrestre au sud-Liban et bombardé Beyrouth.

Bilan en un mois : 1,3 million de déplacés (20% de la population), plus de 1 400 morts (majorité de civils), annexion de 8% du territoire libanais, destructions de ponts, bombardements au phosphore blanc, herbicides sur terres agricoles, assassinats de casques bleus, soignants et journalistes.

Le gouvernement libanais a pris des mesures contre le Hezbollah, mais Israël refuse de négocier. Objectif réel : annexer le sud-Liban en prétextant créer une « zone de protection ». Preuve : le 31 mars 2026, le ministre israélien de la Défense a promis de détruire les villages frontaliers « sur le modèle de Rafah et Beit Hanoun à Gaza ».

Des crimes contre les scientifiques

L'état Israélien ne se limite pas à des objectifs de guerre, comme on vient de le voir, mais opère bel et bien une destruction systématique de tout ce qui ressemble de près ou de loin à une Palestine libre. Parmi ces exactions génocidaires, les attaques contre le système éducatif et la recherche scientifique sont en bonne place.

Une destruction systématique de l'enseignement à Gaza

À Gaza, la destruction des infrastructure éducatives est totale. Selon l'Education Cluster, 93,3% des écoles sont impactées [30] et nécessitent au moins des travaux majeurs pour pouvoir reprendre leur activité. Ces destructions ne sont pas le fait de dommages collatéraux, mais frappent le cœur de la société palestinienne, avec 459 bâtiments directement ciblés.

En septembre 2025, la directrice elle-même avait assuré aux syndicats que l'Institut allait utiliser le programme PAUSE --- qui permet d'accueillir des étudiants et scientifiques réfugiés --- spécifiquement pour les palestiniens. Malheureusement, les critères « d'excellence » requis pour ce genre de programmes sont totalement déconnectés de la réalité d'une population soumise à un génocide d'usure depuis des années. Comment être excellent quand toute l'infrastructure scolaire est détruite et que survivre est un problème de premier ordre ?

Une obstruction contre les réfugiés palestiniens

Les associations d'accompagnement des réfugiés demandeurs de visa le disent clairement : les palestiniens sont victimes d'un système organisé d'obstruction à tous les niveaux, comme le pointe le rapport des « universitaires avec Gaza » [31].

Cet état de fait contraste avec la réactivité politique déployée contre la guerre en Ukraine. Alors que pour les réfugiés ukrainiens, l'État Français et l'Institut Pasteur ont instauré des dispositifs actifs clairs, on voit aujourd'hui se déployer une obstruction systémique et institutionnelle quant à l'accueil des Palestinien·nes.

Pourtant, ces atermoiements bureaucratiques constituent bel et bien une extension immatérielle du blocus physique : ils complètent, sur le plan légal et politique, l'obstruction à la mobilité déjà mise en place sur le terrain par les autorités israéliennes.

L'époque où le milieu de la recherche et de l'enseignement était vecteur d'humanisme et de résistance semble bien lointaine, quand assiste à une contraction de l'espace de débat scientifique sous l'effet d'une censure croissante. Le collège de France annule son colloque « La Palestine et l'Europe », la « loi Yadan » cherche à criminaliser toute dénonciation des exactions de l'état d'Israël...

Malgré les cris à l'aide de nombreuses associations et le précédents positifs créés par la guerre en Ukraine, le bilan est désolant : faute d'appui politique, aucun étudiant palestinien n'a pu être évacué vers la France, et seuls 52 lauréats de PAUSE (artistes et chercheurs) ont été accueillis. On compte notamment 21 lauréats de PAUSE n'ayant même pas été évacués, dont Ahmed Shamia (architecte), assassiné le 7 mai 2025 par l'armée israélienne [31]. À comparer aux 105 000 ukrainiens, heureusement accueilli·es [31].

Depuis, le programme PAUSE a été définancé, son comité de direction a écarté plus de 82% des candidatures palestiniennes validées par son conseil scientifique, et le gouvernement a fini par suspendre purement et simplement le programme... mais uniquement pour les palestiniens [33].

Des bombardements d'instituts scientifiques

Loin de se limiter à Gaza, l'état israélien a également déclenché une guerre contre son voisin iranien. En juin 2025, Israël avait déjà lancé une attaque massive contre l'Iran, déclenchant une guerre de 12 jours. Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël, deux puissances militaires possédant l'arme nucléaire, ont à nouveau massivement bombardé l'Iran, en pleine négociation diplomatique, sans déclaration de guerre préalable.

À ce jour trente universités ont été attaquées, plusieurs professeurs et scientifiques universitaires ont été victimes d'assassinats ciblés. On peut citer l'attaque du 3 avril contre l'Université Shahid Beheshti, et trois attaques les 28, 29 et 30 mars 2026 contre l'Université de Technologie d'Ispahan, l'Université des Sciences et Technologies d'Iran et l'Université de Technologie Amirkabir à Téhéran. Plus de 750 écoles, plus de 300 centres de santé et plus de 90 000 habitations ont été affectées. Selon le Croissant-Rouge iranien, les États-Unis et Israël ont détruit ou endommagé plus de 115 000 structures civiles, laissant derrière eux un système de chaos dans lequel les hôpitaux, écoles, usines d'eau et routes civiles ont été détruits ou rendus inutilisables. Entraînant la mort d'au moins 175 personnes, dont de nombreuses élèves, le bombardement US de l'école primaire pour filles Shajareh Tayyebeh à Minab, le 28 février, est particulièrement odieux [34].

La guerre a également ciblé l'Institut Pasteur d'Iran, situé à Téhéran, l'un des plus anciens centres de recherche et publics d'Iran et du Moyen-Orient, fondé en 1920, indépendant depuis 1946. L'Institut Pasteur de Téhéran faisait parti du Pasteur Network, avant que l'Institut Parisien ne coupe les ponts avec lui, du fait de ses liens avec un régime autoritaire. Enfin, on ne sait pas très bien ce qu'il en est vraiment, car l'Institut iranien est toujours listé comme membre du Pasteur Network...

Des instituts partenaires du génocide

Un système universitaire israélien couplé au système militaire

De nombreuses sources (y compris d'universitaires israéliens et/ou juifs) documentent comment les universités israéliennes collaborent activement avec les institutions étatiques, et en particulier militaires. Les travaux de Uri Yacobi Keller [54], Nick Riemer [55], ou Neve Gordon [56] démontrent l'étendue de leur implication.

Dans son livre de 2024, « Tours d'ivoire et d'acier --- Comment les universités israéliennes nient la liberté des Palestiniens » [36], l'anthropologue Maya Wind démontre méticuleusement comment les institutions universitaires israéliennes ont été créées pour servir la colonisation de la Palestine et alimenter le complexe militaro-industriel israélien. L'empiétement du politique sur les libertés académiques est la manière classique pour des gouvernements autoritaires d'intervenir dans la vie des professeurs et des étudiants. Pour Maya Wind (elle-même israélienne [37]), la différence est qu'en Israël, cette pression n'est pas une menace externe, mais est intégrée au système. Son analyse systématique, son histoire et ses données solides démontre que le boycott des institutions universitaires israéliennes est nécessaire. Son analyse est sans équivoque : « Les universités israéliennes ne sont pas indépendantes de l'état sécuritaire israélien, mais servent plutôt de prolongement à sa violence » (p. 13).

Dans l'ouvrage, on apprend ainsi que L'Université hébraïque, le Technion et l'Institut Weizmann ont dès leur création participé au « Science Corps » de la Haganah (principale milice paramilitaire sioniste lors de la création d'Israël, intégrée par la suite au ministère de la défense), et donc à la production d'armes et d'armes biologiques sur leurs campus. Toutes les universités israéliennes ont également annexé des territoires palestiniens, dont Haïfa, Ben-Gourion, Bar-Ilan, Ariel (université la plus récente), ou Tel-Aviv, qui a explicitement empêché le retour des réfugiés palestiniens après l'adoption de la résolution 194 de l'ONU.

La collusion entre l'État et le monde universitaire se manifeste aujourd'hui dans la création de programmes tels que le programme de renseignement Havatzalot de l'Université hébraïque. L'université a accueilli « une intervention militaire israélienne de grande envergure dans le contenu, la structure, les employés et l'infrastructure du programme sur le campus. » (p. 53). Les étudiants palestiniens ont é**videmment protesté contre ce programme, mais leurs actions ont donné lieu à des sanctions.

Le traitement des étudiants palestiniens occupe une part importante du livre de Wind, car pour les universités, « l'identité palestinienne elle-même a toujours été conçue comme une \"menace pour la sécurité\" » (p. 146). Selon les recherches de Wind, « aucun président d'université israélienne ou administrateur principal n'a proposé d'intervenir » en faveur des professeurs ou étudiants palestiniens confrontés aux invasions militaires israéliennes de leurs campus. Comme Wind le décrit méticuleusement, un silence assourdissant règne dans les couloirs du monde universitaire israélien face à toute violation du droit à l'éducation d'un Palestinien.

L'analyse de Wind est claire : « Les universités israéliennes continuent non seulement à participer activement à la violence de l'État israélien contre les Palestiniens, mais aussi à contribuer par leurs ressources, leurs recherches et leurs études, à maintenir, défendre et justifier cette oppression » (p. 178).

Des partenariats inefficaces

L'appel au boycott universitaire n'est pas apparu avec la guerre génocidaire dans la bande de Gaza. Il a été lancé il y a plus de vingt ans par les palestiniens eux-mêmes, à travers la Palestinian Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel (PACBI [43]). Las, l'initiative a fait long feu devant l'aveuglement coupable de la plupart des institutions européennes, qui vont maintenant jusqu'à nier le génocide (comme si cela effaçait le reste) soutenus en cela par des pressions politiques violant la liberté académique [44].

Là aussi, le double-standard orient/occident est flagrant quand on compare avec le conflit russo-ukrainien, qui a immédiatement été suivi de suspensions des collaborations. Si une guerre en occident, c'est assez ; en orient, plusieurs guerres avec nettoyages ethniques allant jusqu'à deux ans de génocide… pas encore assez. On n'a pas hâte de savoir quelle est la limite avant que ces gens ne se décident à réagir.

L'excuse est toujours la même : « transmettre ses valeurs dans le cadre de ses partenariats plutôt qu'en sortir » [44]. Mais après ces 20 ans d'aggravation de la colonisation israélienne, qui a poussé ses exactions jusqu'au pire du pire, il est temps de tirer la conclusion qui s'impose : l'influence par les partenariats ne fonctionne pas.

Ceux qui se soucient réellement de la préservation des espaces critiques dans les lieux de savoir doivent réaliser qu'il n'y a pas en Israël de réelle liberté académique tant que les universités sont si profondément liées à l'appareil d'état. Et il n'y aura pas davantage de liberté académique tant qu'existera le régime d'apartheid, où les étudiants palestiniens n'ont pas les mêmes droits que les étudiants israéliens [45].

Il faut le dire : il y a une logique profondément raciste [45] à mettre en balance la vie des palestiniens avec la perte d'une subvention pour un chercheur israélien. D'un coté, des milliers d'étudiants palestiniens ont été assassinés, toutes les universités de Gaza ont été détruites. De l'autre des universitaires israéliens n'auraient plus… accès à des bourses européennes  ?

Des partenariats illégaux

Ces partenariats noués entre des institutions françaises et israéliennes sont même contraires au droit international, en violation du principe d'obligation de prévention du génocide régi par la convention de 1948. Cette convention internationale --- dont la France est partie prenante --- devrait conduire les États et leurs administrations à s'assurer qu'ils ne légitiment d'aucune manière les crimes commis par l'état israélien et déjà relevés par la Cour internationale de justice.

Après deux ans de mobilisation pour tenter d'obtenir en vain la rupture des partenariats, des organisations étudiantes, professionnelles et des associations ont décidé de saisir la justice. En tout, vingt et une organisations, (dont Solidaires, l'Union juive française pour la paix ou encore la CGT), ont déposé un recours demandant l'application du droit international, devant le Conseil d'État et les tribunaux administratifs.

Un risque pour l'image

Tout le monde de la recherche ne fait pas la sourde oreille aux appels à peser contre la politique d'Israël. Certaines universités sont capables de réaliser qu'elles ont un levier politique, du fait de leurs collaborations avec des institutions israéliennes. Dans un monde où la science est devenu un enjeu politique contrôlé par les états, les partenariats officiels sont également un outils diplomatique.

Le gouvernement d'Israël lui-même ne s'y trompe pas, et dépense aujourd'hui plus de 730 millions de dollars en propagande (quatre fois plus que l'année précédente) [39]. En dépit de ces efforts, Israël est devenu l'état le plus détesté du monde [40].

Il est devenu véritablement risqué, en termes d'image, de soutenir l'état israélien, même indirectement. Les partenariats académiques avec des institutions complices n'échapperont pas au jugement de l'histoire.

D'après Le Monde, déjà en fin d'année dernière, les universités israéliennes faisaient face à « une vague de boycott sans précédent » [42].

Des institutions qui se désengagent de leurs partenariats

Pour prendre un exemple, après des mois de protestations (fin 2024), l'université de Gent (Belgique) a démarré un processus de désengagement de ses projets impliquant des partenaires israéliens « impliqués dans des violations des droits humains ». Il est donc possible pour des institutions de constater ce simple fait et d'y réagir. L'UGent s'est notamment désengagée de 5 projets européens « majeurs » [41] ; un processus administratif certes indigeste, mais dont on peut constater qu'il est faisable et ne demande qu'un peu de volonté politique. Les recteurs belges, rejoints par 4 500 universitaires européens, appellent ainsi à ne plus financer les projets de recherche israéliens lorsque les établissements ont des liens avec l'armée [46].

À leurs cotés, de nombreuses universités suivent la même politique en Europe et à travers le monde : l'Université Paris-Saclay (via son conseil d'éthique [53]), l'Université suisse de Lausanne (Unil), l'Université de Genève [47], l'Université Libre de Bruxelles [48], Science-Po Strasbourg, l'Université de Helsinki [49], l'Université Fédérale de Ceará, l'Université d'Amsterdam, le Triniti College de Dublin [50], l'Université de Sydney [51], l'Université de Wits, l'Université de Cape Town, l'Université de Pretoria, l'Université de KwaZulu-Natal, l'Université de Stellenbosch, l'Université de Rhodes, l'Université Nelson Mandela, l'Université de Technologie de Durban [52], etc.

Refuser l'inaction

Un boycott institutionnel est nécessaire

Les universités israéliennes jouent un rôle actif dans le développement de systèmes d'armement et de doctrines militaires, juridiques et diplomatiques pour justifier la colonisation et l'annexion illégale des terres occupées, pour rationaliser le nettoyage ethnique et les exécutions extrajudiciaires des Palestiniens autochtones, enfin pour développer des outils pour l'armement, les cyberattaques, la surveillance, le renseignement, la propagande [53]. Il y a donc un gouffre avéré entre les pratiques et comportements des universités israéliennes et les principes éthiques académiques humanistes.

Philippe Stamenkovic (philosophe des sciences à l'université d'Uppsala) appelait dès l'été 2024 [57] à rompre avec les universités israéliennes collaborant activement avec les institutions étatiques du pays, sans empêcher les collaborations individuelles avec les voix universitaires critiques de la société israélienne :

« Les universités israéliennes représentent aussi une part de la solution. Elles hébergent souvent les rares voix critiques de la société israélienne (même si l'université de Jérusalem a congédié la professeure palestinienne Nadera Shalhoub-Kevorkian qui avait appelé à un cessez-le-feu, avant de la réintégrer). Néanmoins, il s'agit d'un effet positif dispersé, au niveau individuel de certains universitaires, par contraste avec la dimension institutionnelle du soutien à la guerre et à l'occupation. Les universités israéliennes représentent aussi des lieux de vivre ensemble entre étudiants juifs et arabes. Hélas, ces contributions positives ne semblent pas faire le poids par rapport aux contributions négatives, et n'ont aucune influence sur la guerre et la colonisation qui continuent implacablement.

Les universités israéliennes semblent donc avoir un rôle globalement négatif, qui supporte les crimes commis par l'État d'Israël. Que faire, alors ? Le discours qui consiste à dire que la science n'a pas de responsabilité sociale, comme l'affirme le président de l'université Bar-Ilan, ne tient pas. Comme quiconque, les scientifiques ont la responsabilité morale de ne pas causer de tort à autrui, y compris à travers leur travail et ses applications, ce qui inclut leurs collaborations. Le boycott académique des universités israéliennes est un moyen simple pour ce faire. La dimension véritablement institutionnelle de leur support à l'État d'Israël justifie que ce boycott soit également effectué au niveau institutionnel des programmes, départements, facultés, voire établissements.

Il est important de préciser que ce boycott institutionnel respecte la liberté académique, car il ne présage en rien des collaborations individuelles, qui peuvent être maintenues si elles sont bénéfiques. Idéalement, chaque université devrait faire un audit de ses collaborations avec les universités israéliennes — comme cela a été fait pour nombre d'entre elles en ce qui concerne leurs collaborations avec les institutions russes — et mettre en suspens toutes celles qui risquent de contribuer aux crimes commis par Israël. Dans le doute, ou si les moyens manquent pour ce faire, il vaut mieux boycotter que ne pas boycotter, car les conséquences d'un boycott erroné semblent bien moindres qu'un boycott non effectué qui aurait dû l'être. »

L'institut Pasteur doit agir

Nous appelons les travailleur·euses pasteurien·nes à peser avec nous pour réclamer des actions concrètes de la part de l'Institut Pasteur :

  • La fin du double standard occident/orient quant au traitement des relations internationales.
  • Une évaluation complète des partenariats en cours avec les institutions israéliennes, au sein de chaque unité scientifique, et sa mise à disposition publique.
  • La fin des partenariats avec les institutions israéliennes.

Références

1. https://www.usnews.com/news/world/articles/2026-04-05/israeli-fire-kills-four-palestinians-in-gaza-medics-say

2. https://www.dropsitenews.com/p/rafah-gaza-land-israel-razing-clearing-palestinian-housing-block

3. https://www.dropsitenews.com/p/gaza-yellow-line-earth-berms-blocks-physical-barrier-israel-palestinians

4. https://edition.cnn.com/2026/01/24/middleeast/gaza-malnutrition-cold-winter-victims-intl

5. https://media.un.org/unifeed/en/asset/d354/d3549358

6. https://qna.org.qa/fr-FR/news/news-details?id=le-ministre-palestinien-de-la-sante-gaza-fait-face-a-un-risque-imminent-de-propagation-depidemies-lie-a-la-montee-des-rongeurs&date=3/04/2026

7. https://www.hrw.org/news/2026/02/24/israel-aid-groups-barred-from-gaza-west-bank

8. https://www.aa.com.tr/en/middle-east/un-says-israel-blocked-several-humanitarian-missions-in-gaza/3829629

9. https://www.ochaopt.org/content/humanitarian-situation-report-6-march-2026

10. https://www.middleeasteye.net/news/blindfolded-beaten-humiliated-how-israeli-forces-abused-palestinians-returning-gaza

11. https://en.pngoportal.org/post/4026/Al-Mezan-Center-After-nearly-two-years-of-closure-Israel-reopens-Rafah-crossing-under-a-regime-of-weaponized-control

12. https://www.ohchr.org/en/press-releases/2026/03/state-backed-terror-squads-forefront-israels-ethnic-cleansing-and-annexation

13. https://www.btselem.org/press_releases/20260309_under_cover_of_the_war_settler_militias_increas_lethal_shooting_of_palestinians_as_part_of_wb_ethnic_cleansing

14. https://www.aljazeera.com/news/2026/3/8/israeli-settlers-kill-two-palestinians-in-occupied-west-bank

15. https://www.ohchr.org/en/press-releases/2026/03/state-backed-terror-squads-forefront-israels-ethnic-cleansing-and-annexation

16. https://palestine.oic-oci.org/fr/2026/03/17/israel-rase-de-vastes-zones-agricoles-et-arrache-des-milliers-darbres-en-cisjordanie/#main

17. https://www.ledevoir.com/monde/moyen-orient/957108/ministre-israelien-prone-emigration-palestiniens-cisjordanie-gaza

18. https://alquds.com/he/posts/232274

19. https://www.newarab.com/news/israel-detained-20000-palestinians-west-bank-7-october

20. https://www.timesofisrael.com/un-raises-concerns-of-ethnic-cleansing-in-mass-displacement-of-west-bank-palestinians

21. https://www.ohchr.org/en/press-releases/2026/03/israels-settlement-expansion-drives-mass-displacement-west-bank-un-report

22. https://www.amnesty.org.au/israel-opt-newly-adopted-death-penalty-law-must-be-repealed

23. https://www.aljazeera.com/news/2026/3/31/whats-israels-death-penalty-law-that-only-applies-to-palestinians

24. https://www.amnestyusa.org/reports/new-report-finds-israeli-authorities-are-committing-crime-against-humanity-of-apartheid-against-palestinians-in-israel-and-in-the-occupied-palestinian-territories

25. https://www.hrw.org/news/2021/07/19/israeli-apartheid-threshold-crossed

26. https://opiniojuris.org/2026/02/04/guilty-of-disloyalty-to-the-charter-the-international-court-of-justices-latest-advisory-opinion-on-gaza

27. https://www.arij.org/latest/21-years-of-impunity-from-the-icjs-2004-segregation-wall-ruling-to-todays-entrenched-occupation/

28. https://www.unicef.fr/actions-humanitaires/moyen-orient-afrique-nord/israel-palestine-les-enfants-pris-au-piege-dun-conflit-sans-fin/

29. https://www.hrw.org/news/2024/07/17/october-7-crimes-against-humanity-war-crimes-hamas-led-groups

30. https://reliefweb.int/report/occupied-palestinian-territory/verification-damages-schools-based-proximity-damaged-sites-gaza-occupied-palestinian-territory-update-11-nov-2025

31. https://ujfp.org/wp-content/uploads/2026/04/Rapport_UAG_2025-2026.pdf

33. https://www.mediapart.fr/journal/france/260126/la-france-reconnu-la-palestine-mais-ne-veut-pas-des-palestiniens

34. https://aurdip.org/petition-universitaires-contre-la-destruction-de-liran-et-du-moyen-orient

35. https://www.pasteur.fr/en/press-area/press-documents/institut-pasteur-paris-reaction-situation-institut-pasteur-iran

36. https://www.versobooks.com/products/3009-towers-of-ivory-and-steel

37. https://en.wikipedia.org/wiki/Maya_Wind

38. https://www.aljazeera.com/news/2026/1/15/what-is-hrana-the-us-based-group-behind-irans-death-toll-figures

39. https://www.jpost.com/israel-news/article-894645

40. https://www.middleeastmonitor.com/20260506-israel-to-spend-730m-on-propaganda-as-global-image-collapses-over-gaza-genocide

41. https://www.belganewsagency.eu/ugent-accelerates-withdrawal-from-research-projects-involving-israeli-partners

42. https://www.lemonde.fr/en/international/article/2025/09/29/israeli-researchers-and-universities-face-an-unprecedented-wave-of-boycotts_6745905_4.html

43. https://bdsmovement.net/pacbi/pacbi-call

44. https://www.mediapart.fr/journal/france/270326/les-partenariats-avec-des-universites-israeliennes-devant-la-justice-francaise

45. https://www.mediapart.fr/journal/international/211125/les-universites-israeliennes-sont-un-rouage-essentiel-des-crimes-du-regime

46. https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/06/25/la-france-en-retrait-des-initiatives-europeennes-pour-denoncer-les-partenariats-avec-les-universites-israeliennes_6615886_4401467.html

47. https://www.trtfrancais.com/article/e619abc4c07b

48. https://www.rtbf.be/article/l-ulb-suspend-ses-partenariats-avec-les-universites-israeliennes-11380533

49. https://aurdip.org/universite-dhelsinki-luniversite-a-reexamine-sa-collaboration-avec-les-universites-israeliennes

50. https://www-theguardian-com.translate.goog/world/2025/sep/13/universities-around-the-world-cut-ties-with-israeli-academia-over-gaza-war

51. https://www.jta.org/2014/07/10/global/israeli-ngo-quits-bds-case-against-sydney-academic

52. https://mg.co.za/article/2010-10-01-more-varsities-check-israel-links

53. https://www.mediapart.fr/journal/france/040226/le-conseil-d-ethique-de-paris-saclay-appelle-rompre-avec-les-universites-israeliennes

54. https://bdsmovement.net/files/2011/02/EOO23-24-Web.pdf

55. https://www.bloomsbury.com/uk/boycott-theory-and-the-struggle-for-palestine-9781538175873

56. https://www.latimes.com/archives/la-xpm-2009-aug-20-oe-gordon20-story.html

57. https://www.politis.fr/articles/2024/07/tribune-le-boycott-academique-institutionnel-des-universites-israeliennes-est-moralement-necessaire