2026-09-24

Budget 2026 et équité

Analyse du budget 2026

66 millions de déficit : faisons aussi des économies en haut de l’échelle ! La Direction nous annonce un déficit d’exploitation de 66 millions d’euros en 2025.

Elle nous annonce également pour 2027 :

  • -4 % sur les budgets FIP des directions ;
  • -40 ETP financés sur FIP ;
  • une « réflexion » sur le modèle économique des plateformes ;
  • une « réflexion » sur la contribution des contrats de recherche.

Nous entendons la nécessité de maintenir les comptes de l’Institut Pasteur.

Mais si la situation financière est réellement préoccupante, l’effort doit être équitable et porter sur l'ensemble des dépenses de l'Institut, y compris celles qui concernent les plus hauts niveaux de rémunération.

Pendant que l'on demande des économies aux salariés, les très hauts salaires progressent Entre 2023 et 2025, le nombre de personnes rémunérées plus de 9 000 € par mois a augmenté de 44 %. +44 % de personnes à plus de 9 000 € mensuels, alors que l'Institut nous demande simultanément de réduire les budgets, de maîtriser les effectifs et de réaliser des économies.

Cette évolution mérite au minimum une explication. Nous demandons donc une transparence complète sur l'évolution des rémunérations les plus élevées, leur coût pour l'Institut et leur évolution sur les dernières années.

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[Caricature: Charly Hebdo]

Nos propositions d'économies

1. En finir avec les recrutements « d'excellence » à des salaires indécents

L'Institut Pasteur connaît aujourd'hui une situation financière qui conduit à demander des économies aux équipes. Dans ce contexte, il est difficilement acceptable de poursuivre parallèlement des recrutements à des niveaux de rémunération extrêmement élevés.

Nous demandons :

  • la transparence sur les rémunérations proposées aux nouveaux recrutés ;
  • un encadrement des rémunérations d'embauche ;
  • une justification précise de toute rémunération supérieure à la médiane salariale de l'Institut.

2. Utiliser les départs à la retraite pour renouveler les équipes

La Direction indique elle-même que 50 % des chercheurs pourraient partir à la retraite dans les dix prochaines années. Ces départs constituent une opportunité majeure pour renouveler les équipes sans reproduire systématiquement les niveaux de rémunération les plus élevés. Nous proposons de favoriser le recrutement de jeunes chercheurs et personnels scientifiques, notamment issus de l'Institut Pasteur, sur les postes libérés, avec des rémunérations cohérentes avec la médiane salariale pasteurienne.

Cela permettrait :

  • de renouveler les équipes ;
  • de conserver les compétences et les savoir-faire ;
  • de donner des perspectives de carrière aux personnels déjà présents ;
  • de limiter l'augmentation de la masse salariale.

Un départ à la retraite ne doit pas automatiquement devenir l'occasion d'un recrutement à salaire exorbitant.

3. Interdire les recrutements au-dessus de la médiane salariale pasteurienne

Nous proposons qu'aucun recrutement ne puisse être effectué au-dessus de la rémunération médiane de l'Institut Pasteur sans justification exceptionnelle et transparente.

Toute dérogation devrait être présentée aux représentants du personnel avec :

  • le salaire proposé ;
  • le coût employeur ;
  • la justification du recrutement ;
  • l'écart avec la rémunération médiane ;
  • l'impact budgétaire à moyen terme.

La situation financière actuelle ne permet plus les chèques en blanc.

4. Mettre fin aux primes et rémunérations opaques des instances dirigeantes

Alors que les salariés sont invités à accepter des restrictions budgétaires, nous demandons la transparence sur les primes, rémunérations variables, indemnités et avantages accordés aux dirigeants et aux membres des instances dirigeantes, dans le respect des obligations légales de confidentialité.

Si des économies sont nécessaires, elles doivent également commencer par le sommet de l'organisation.

5. Encadrer le coût des fonctions support et des fonctions RH

Les fonctions support sont indispensables au fonctionnement de l'Institut. Mais leur développement doit être cohérent avec la situation financière de l'établissement.

Nous demandons donc un état des lieux transparent :

  • nombre d'ETP dans les fonctions support ;
  • coût total employeur ;
  • rémunération médiane ;
  • rémunération des postes de direction ;
  • évolution des effectifs ;
  • évolution de la masse salariale sur les dernières années.

Pourquoi demander des sacrifices aux scientifiques et aux personnels techniques tout en continuant à recruter certaines fonctions support à des niveaux de rémunération très élevés ? L'Institut Pasteur doit rester un lieu où l'argent est prioritairement consacré à la science, à l'emploi et à la recherche.

Avant de supprimer des emplois, cherchons toutes les économies possibles

La Direction nous demande aujourd'hui de participer à l'effort collectif. Nous sommes prêts à parler d'économies. Mais nous refusons que « faire des économies » devienne systématiquement synonyme de suppressions de postes, de baisse des budgets des équipes et de dégradation des conditions de travail.

Nous demandons que soient publiés, pour chaque mesure d'économie :

→ son coût actuel ;
→ l'économie annuelle attendue ;
→ son impact sur les activités scientifiques ;
→ son impact sur l'emploi.

Nous voulons les mêmes efforts pour tous.

-40 ETP en bas ne doit pas signifier +44 % de très hauts salaires en haut.

Pas d'austérité pour les équipes et de rémunérations opaques pour les dirigeants.

Pas d'économie sur la recherche sans examen préalable de toutes les dépenses de fonctionnement.

L'Institut Pasteur doit rester un lieu où l'argent sert d'abord la science, l'emploi et l'intérêt général.

La crise financière ne doit pas être payée uniquement par ceux qui la subissent.

6. 66 millions de déficit : mais quelle est réellement la situation financière de l'Institut ?

La Direction nous annonce un déficit d'exploitation de 66 millions d'euros en 2025 et présente cette situation comme mettant en péril la soutenabilité des activités de l'Institut. Mais les comptes doivent être regardés dans leur ensemble.

Le bilan 2025 fait apparaître un total de bilan de 1,367 milliard d'euros, contre 1,350 milliard en 2024, soit une augmentation de 17,2 millions d'euros. Attention : ces 1,367 milliard d'euros ne constituent évidemment pas une réserve de trésorerie disponible. Il s'agit du total des actifs de l'Institut.

Mais un autre chiffre interpelle : 66 millions d'euros de déficit d'exploitation… pour seulement 2 millions d'euros de perte nette sur l'exercice. Le résultat de l'exercice 2025 est en effet de -2,028 millions d'euros, contre -1,331 million en 2024. Comment passe-t-on d'un déficit d'exploitation de 66 millions d'euros à une perte finale de seulement 2 millions d'euros ? Quels produits, revenus financiers, reprises, éléments exceptionnels ou autres opérations permettent de compenser près de 64 millions d'euros de déficit d'exploitation ?

Nous demandons à la Direction de présenter clairement :

  • le détail des 66 M€ de déficit d'exploitation ;
  • les produits venant le compenser ;
  • les revenus financiers de l'Institut ;
  • l'évolution des placements financiers ;
  • le niveau réel de trésorerie disponible ;
  • le montant des réserves réellement mobilisables ;
  • l'évolution des fonds propres ;
  • les investissements prévus dans les prochaines années.

66 millions d'euros représentent 4,8 % du total du bilan de 1,367 milliard d'euros. Et 7,6 % des 870 millions d'euros de fonds propres.

Ces ratios ne signifient évidemment pas que l'Institut peut simplement utiliser son patrimoine pour combler son déficit d'exploitation. Ils montrent en revanche que le seul chiffre de -66 M€ ne suffit pas à décrire la situation financière globale de l'Institut. D'autant que les fonds propres restent à un niveau de 870 millions d'euros, malgré le déficit annoncé.

Nous voulons comprendre.

Si l'Institut doit faire -40 ETP, réduire les budgets FIP de 4 % et demander des efforts supplémentaires aux personnels, alors la Direction doit être capable de présenter l'intégralité de la situation financière, et pas uniquement le chiffre du déficit d'exploitation.

Avant de demander des sacrifices aux salariés, montrons-nous tous les chiffres.

Références

Vérifiez par vous-même tous ces chiffres dans :